jeudi 28 novembre 2013

La consécration d'un droit "au petit-enfant" : jusqu'où ira-t-on ?

Article publié le 12 novembre 2013 sur genethique.org :


Un couple d’Israéliens obtient de la justice d’utiliser le sperme de leur fils, décédé à 27 ans en 2010, pour féconder une mère porteuse. Le couple sera le bénéficiaire de l’opération, le tribunal ayant reconnu leur désir d’avoir un petit-enfant comme "l’aspiration à satisfaire les désirs les plus profonds et fondamentaux de l’homme". 

Le couple a obtenu gain de cause après 3 ans de procès, au cours duquel, ils avaient présenté un "contrat signé avec une mère porteuse, que leur fils n’avait pas connu". Le procureur général Yehuda Einstein a toutefois "recommandé une enquête sociale sur le couple" et indiqué que les conclusions finales seraient prises en fonction de la volonté présumée de leur fils.


Une nouvelle pilule abortive inquiète des gynécologues

Article publié sur le site genethique.org le 28 novembre 2013 :


Dans une lettre adressée à la ministre de la Santé, Marisol Touraine, six gynécologues(*) font part de leur préoccupation sur la mise sur le marché français d'une pilule abortive, le Mifee, distribuée par le laboratoire français Linepharma. Ils soulignent que "Le Mifee ne peut être prescrit qu'en association avec un autre médicament, le gemeprost" et que "le gemeprost n'est plus utilisé en France à cause de ses effets secondaires". Ils dénoncent donc que le Mifee sera utilisé "hors des indications de mise sur le marché (AMM) puisqu'il va être associé à d'autres médicaments pour lesquels il n'a pas eu l'autorisation d'être associé". 

En effet, il est prévu, en France, que le Mifee soit utilisé en association avec une autre molécule, le misoprostol (du laboratoire américain Pfizer) qui est un "anti-ulcéreux qui n'a jamais eu d'autorisation de mise sur le marché pour l'avortement". Par conséquent, les femmes qui souhaitent avorter "risque de se voir prescrire un combiné de deux médicaments qui n'ont pas eu d'AMM pour l'avortement". En outre, les essais cliniques de Mifee n'ont jamais été réalisés en association avec du misoprostol. 
Pourtant, la Haute autorité de santé (HAS) a décidé que le Mifee serait remboursée à 65% (taux maximal de la Sécurité sociale). 

Les six gynécologues s'offusquent d'une telle légèreté de la HAS "à l'heure où les pouvoirs publics, en particulier à travers des mises en garde de l'Agence du médicament, exercent une pression jamais égalée sur les professionnels de santé pour un strict respect des conditions d'AMM". En réalité, la France n'aurait pas eu d'autres choix que d'autoriser le Mifee, à cause du "jeu des procédures européennes". 

(*) Pr Israël Nisand, chef du pôle gynécologie-obstétrique au CHU de Strasbourg, Philippe Descamps d'Angers, Hervé Fernandez de Bicêtre, Aubert Agostini de Marseille, Jean-Louis Benifla et Bruno Carbonne de Trousseau à Paris

mercredi 24 avril 2013

Application AMELI disponible sur smartphone

Article publié le 24 avril 2013 sur le site maxisciences.com :

L'Assurance Maladie avait déjà son site mobile. Elle possède désormais sa propre application. Ameli est donc disponible dorénavant sur l'App Store et dans Google Play.

Décidément, il y a bien une application pour tout. Et ce sont les assurés de l'Assurance Maladie qui vont pouvoir s'en réjouir dorénavant, car l'application Ameli débarque sur Google Play et App Store. 

Elle vous permet d'accéder au détail de vos remboursements de santé, mais aussi à vérifier que votre organisme complémentaire (mutuelle…) est bien en possession de vos informations de paiement. Vous pouvez également vérifier votre historique de paiement sur les six derniers mois, vos information personnelles associées à votre assurance maladie (médecin traitant, organisme complémentaire…). Enfin, vous avez besoin d'une attestation de Sécurité Sociale mais vous ne savez pas où la trouver ? Ameli vous permet de localiser les bornes automatiques de l'Assurance Maladie les plus proches. Et, mieux que sur ordinateur, la création d'un compte Ameli est largement simplifiée. 

Sur le site web, il fallait patienter 10 à 15 jours recevoir un code provisoire par courrier afin de vous connecter. Via l'application, vous recevez directement un code provisoire par SMS, permettant de vous connecter immédiatement. Votre code définitif sera ensuite envoyé par courrier. 

Une application qui favorise l'e-santé 

Avec 2 millions de visiteurs du site sur 11 millions de possesseurs d'un compte Ameli, l'application devrait en séduire plus d'un. L'évolution de sa gamme de services connectés a notamment permis à l'Assurance Maladie de toucher plus d'utilisateurs, mais aussi de "faciliter les échanges entre les assurés et les caisses d'Assurance Maladie", précise-t-elle dans son communiqué. Le lancement de cette application montre d'ailleurs que le secteur médical n'hésite pas à s'adapter aux nouveaux moyens de communication en se lançant dans l'e-santé. 

Dotée d'une interface ludique, l'application Ameli joue sur la simplicité d'utilisation. Disponible gratuitement sur l'App Store et dans Google Play, Ameli permet à ses utilisateurs d'avoir accès à leur dossier administratif d'Assurance Maladie, peu importe où ils vont, du moment qu'ils ont accès à leur smartphone. L'application est téléchargeable sur iPhone, iPad et tous les smartphones embarquant Android. Petit bémol pointé par les utilisateurs sur Google Play et l'App Store : l'absence de notifications.

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mardi 16 avril 2013

Donner son corps à la science : ce qu'il faut savoir

Un article publié sur le site Doctissimo le 5 mars 2013 :

Le don du corps à la science s'est développé pour permettre aux facultés de médecine de poursuivre leurs enseignements et activités de recherche, notamment en anatomie. En France, 28 centres de don recueillent ainsi les corps de 2 500 à 3 000 donateurs chaque année.

Alors que l'anatomie est moins présente dans la formation des étudiants en médecine, que des logiciels de simulation permettent d'opérer virtuellement, que la recherche a de nouveaux moyens d'investigation à sa disposition... le don de corps continue d'être indispensable. S'il est relativement simple de devenir donateur, le fonctionnement des établissements receveurs mériterait toutefois d'être harmonisé.

Donner son corps à la science : une pratique récente encadrée par la loi

Le "don du corps à la science" existe depuis les années soixante. Jusqu'au milieu du XXème siècle en effet, les corps disséqués étaient principalement ceux de condamnés à mort, puis de personnes décédées seules à l'hôpital ou dont la famille ne pouvait assurer les obsèques. Avec l'amélioration des conditions de vie, les corps abandonnés sont devenus rares, obligeant les universités à faire appel aux donateurs.

Sur le plan juridique, le don du corps s'apparente à un legs. Il est régi par le Code général des collectivités territoriales (1) et repose sur la rédaction d'un testament manuscrit par lequel le donateur s'engage à abandonner son corps au profit d'un établissement receveur.

Dans certaines familles, donner son corps est presque une tradition. Djamel Taleb (2), qui coordonne le service de don du corps de l'École de chirurgie de Paris, précise : "Le don du corps est un acte de générosité, de solidarité et de haute signification humaine. Souvent, le donateur a lui-même un lourd passé médical ou bien il est parent d'un malade. Il peut aussi vouloir protéger ses proches en leur épargnant l'enterrement et ses frais".

Les personnes dont le don a été accepté reçoivent une carte mentionnant leur volonté et le service à contacter immédiatement après le décès. L'établissement receveur dispose de 48 heures pour réceptionner le corps accompagné d'un volet du certificat de décès, d'un certificat de non contagion et de la déclaration préalable de transport. Le dépassement de ce délai, une infection transmissible (VIH, hépatite...), un problème médico-légal, un décès à l'étranger ou la perte de la carte de donateur peuvent faire échouer le don.

Président de l'association des dons du corps du centre-ouest (Tours), le Dr Christophe Destrieux (3) remarque : "Le don du corps ne doit pas être confondu avec le don d'organes (4) qui, de par sa vocation à sauver directement des vies, demeure prioritaire si les conditions du décès le permettent."

Léguer son corps à la science, une démarche utile à l'enseignement et la recherche

Chaque centre de don possède ses propres règles de fonctionnement. A leur arrivée, les corps peuvent subir diverses analyses permettant de s'assurer de l'absence de maladie transmissible. Ils sont ensuite conservés au frais, congelés ou embaumés. "L'embaumement utilise des produits chimiques qui suppriment les germes mais donnent aux tissus une texture particulière pouvant interdire certaines utilisations", précise le Dr Destrieux. Alors que les jeunes étudiants n'ont accès qu'aux corps embaumés, les médecins plus expérimentés (internes, chirurgiens, anesthésistes...) travaillent donc plus généralement sur des corps frais ou décongelés.

Le Pr Jean-Pierre Richer (5), responsable du centre de don et enseignant à l'Ecole de chirurgie de Poitiers, revient sur la nécessité de recourir au corps humain pour former les futurs médecins : "Les étudiants utilisent des pelvi-trainers, sortes de boîtes fermées à l'intérieur desquelles ils manipulent leurs instruments et qui peuvent être reliées à une caméra pour mimer une cœlioscopie. Certains programmes informatiques permettent aussi de réaliser quelques interventions chirurgicales. Cependant, le retour de force ne correspond pas à la réalité et les interventions proposées demeurent limitées."

Ses étudiants ont accès aux corps dès la deuxième année de médecine. "Les séances de dissection sont très encadrées. Nous menons une réflexion sur la mort et insistons sur les aspects éthiques", poursuit le Pr Richer. A l'Ecole de chirurgie de Paris, les élèves sont plus âgés. Les corps, appelés "sujets anatomiques", subissent de véritables interventions avec suture des plaies en fin de séance. Les praticiens déjà en poste recourent aussi au corps humain pour perfectionner leurs gestes, se former aux nouveautés ou servir la recherche fondamentale et clinique.

"Un sujet anatomique peut demeurer trois semaines en chambre froide, donc être utilisé pendant quinze jours ouvrables pour toute une série de cours et de travaux de recherche programmés à l'avance", précise Djamel Taleb. Cette organisation a l'avantage de conserver le corps entier mais elle n'est pas systématique.

Après les travaux, le corps est mis en bière et conduit au crématorium pour être incinéré. De rares centres, comme l'Ecole de chirurgie de Paris, acceptent d'assurer sa traçabilité pour restituer les cendres aux familles si le donateur l'a stipulé par écrit lors du don. La plupart du temps cependant, les cendres sont déposées dans une tombe à la mémoire des donateurs anonymes sur laquelle les familles peuvent se recueillir.

Faire don de son corps à la science : des inégalités menacent la pérennité du système

Chaque année, 2 500 à 3 000 corps (environ un corps pour 200 décès), sont donnés aux 28 centres de don du corps situés dans les facultés de médecine disposant de leur propre laboratoire d'anatomie (6). La répartition des dons est cependant très inégale. Créé en 1974, le service du don du corps de l'Ecole de chirurgie de Paris est à l'équilibre, avec 180 décès de donateurs par an, tandis que le laboratoire d'anatomie de Poitiers, né dans les années 90, n'accueille que quelques dizaines de corps chaque année du fait de son fichier plus récent. Selon un rapport de l'Igas en 20027, certaines facultés ne parviennent pas à assurer l'enseignement pratique minimal en anatomie correspondant aux obligations réglementaires. Ces dernières années, le centre de Tours a vu diminuer les promesses de dons. Pour les relancer, il va distribuer des plaquettes d'information dans les salles d'attente des médecins.

Autre frein à l'utilisation de corps de donateurs : leur coût. "Les laboratoires sont censés prendre en charge le transport du corps, sa préparation, la crémation... sans que rien de spécifique ne soit mis en place dans le budget des universités", déplore le Pr Richer. En fonction du lieu de décès, des travaux effectués, des tarifs du crématorium... un don coûte facilement plus de 1 000 €. Or, mis à part l'Ecole de chirurgie de Paris, tous les centres de don dépendent du ministère de l'enseignement qui n'accorde aucun moyen supplémentaire aux universités qui les abritent. Le donateur doit souvent s'acquitter d'une participation financière et/ou les familles prendre en charge le transport. Le centre de Tours demande par exemple 900 € alors qu'il lui en faudrait 1 100 € pour équilibrer ses comptes.

En 2007, un groupe de travail a été chargé de proposer des solutions pour assurer la gratuité du don, faciliter le transfert des corps entre les différents centres, harmoniser leur fonctionnement... Le projet présenté demandait plusieurs millions d'euros. Il est toujours en suspens.

Devenir donateur en 5 étapes

- Contactez le ou les établissements les plus proches de votre domicile pour demander leur plaquette d'information et connaître leur fonctionnement concernant le transport du corps, la participation financière demandée, la restitution des cendres...

- Abordez le sujet avec vos proches. Vous préférez peut-être taire votre décision pour les protéger ? Imaginez leur surprise au moment du décès ! La découverte peut provoquer un conflit intrafamilial ou avec l'établissement receveur qui ne voudra pas accepter le corps dans de telles conditions.

- Envoyez au centre choisi une lettre manuscrite, datée et signée mentionnant votre volonté de lui faire don de votre corps (testament olographe). Certains centres demandent d'autres renseignements, y compris médicaux pour s'assurer de l'absence de maladie contagieuse.

- S'il accepte votre don, l'établissement receveur vous envoie une attestation à insérer dans le livret de famille et une carte de donateur à conserver sur vous. Pour annuler le don, il suffit de le prévenir et de déchirer ces documents. Le don peut être refusé si vous ne portez pas la carte au moment du décès.

- Pour financer le transport du corps et/ou sa prise en charge par le centre de don, vous pouvez programmer un prélèvement automatique, ajouter une clause à votre assurance vie, souscrire un plan d'épargne obsèques, charger votre notaire de régler ces questions...

Audrey Plessis


Sources :

1 - Article R 2213-13 du Code Général des Collectivités Territoriales, qui repose sur l'Article 3 de la Loi du 15 novembre 1887 : "Tout individu peut régler les conditions de ses funérailles […] Sa volonté exprimée dans un testament [...] a la même force qu'une disposition testamentaire relative aux biens", précisé par le Décret 76-435 du 18 mai 1976 : "Un établissement d'enseignement et de recherche ne peut accepter de don du corps que si l'intéressé en a fait déclaration écrite, datée et signée de sa main."
2 - Entretien avec Mr Djamel Taleb est coordinateur du plateau technique de l'École de chirurgie de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris qui abrite un service de don du corps, entretien réalisé en septembre 2012.
3 - Entretien avec le Dr Christophe Destrieux est neurochirurgien, professeur d'anatomie et président de l'association des dons du corps du centre-ouest en lien avec le laboratoire d'anatomie de la Faculté de Médecine de Tours, entretien réalisé en septembre 2012.
4 - À noter que tout individu qui n'a pas explicitement manifesté son opposition en demandant son inscription au fichier national des refus de dons d'organes est considéré comme un donneur d'organes potentiel.
5 - Entretien avec le Pr Jean-Pierre Richer est chirurgien, enseignant à l'École de chirurgie de Poitiers, directeur du laboratoire d'anatomie de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Poitiers auquel est rattaché le centre de don du corps, entretien réalisé en septembre 2012.
6 - Liste sur la page concernant le don du corps du site de l'association française d'information funéraire (AFIF). Il existe environ un centre par région, l'Ile-de-France en comprend deux : l'institut d'anatomie de l'université René-Descartes et l'École de chirurgie de l'AP-HP. 
7 - Conservation d'éléments du corps humain en milieu hospitalier, Inspection générale des affaires sociales (IGAS), Inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche (IGAENR), mars 2002.

La situation des malades en prison

Article publié sur le site du journal Le Monde le 13 avril 2013 :

Anne Dulioust n'en peut plus et veut "alerter ceux qui ont encore la force de s'indigner". Cette médecin de 56 ans, docteure en immunologie, est depuis début 2011 chef de pôle de l'Etablissement public de santé national de Fresnes (EPSNF, Val-de-Marne), l'un des huit hôpitaux sécurisés qui prennent en charge les détenus malades. Elle s'est scandalisée, le 27 mars, dans un courrier "aux autorités compétentes", de "la réalité de l'état de santé des personnes âgées détenues".

Qu'est-ce qui motive votre coup de colère ?

Quand j'ai été chargée de redresser l'hôpital de Fresnes, j'avais la conviction que les détenus devaient bénéficier des mêmes soins qu'à l'extérieur. Je me suis rapidement rendu compte de l'ampleur de la tâche. L'hôpital est confronté à une prise en charge de patients âgés pour lesquels l'hospitalisation n'est pas la réponse.

C'est l'histoire de Michel qui m'a fait réagir. Ce patient de 68 ans, condamné pour conduite sans permis d'un véhicule volé et bris de matériel, est détenu depuis dix-huit mois. Le diagnostic de démence a été évoqué en mai 2011, dès son entrée en détention.

Il a été accueilli une première fois à l'EPSNF pour lui redonner un peu d'autonomie. Nous l'avons gardé six semaines, il allait un peu mieux, et nous avons tenté un retour en détention. On savait que ce n'était pas l'idéal, mais les places d'hospitalisation sont limitées.

Il a été rehospitalisé immédiatement dans un hôpital public, parce que le moindre changement de cadre aggrave l'état de ces personnes fragiles. Dans un hôpital psychiatrique, parce que c'est la seule réponse possible des médecins, même pour des maladies organiques qui atteignent les fonctions supérieures. Et là, après un surdosage en neuroleptiques, il est tombé dans le coma.

J'ai accepté de le prendre à nouveau en charge en octobre 2012, pour rendre service à l'hôpital public, et pour permettre de lever sa surveillance policière, jour et nuit. Il avait perdu 10 kg en six semaines. J'ai demandé à ce qu'il soit libéré pour raisons médicales.

Nous avons pris soin de lui, il est calme, il ne comprend pas ce qu'on lui dit, mais il est content. Il mange tout seul, pour le reste il est aidé. Il porte constamment des protections pour l'élimination, ce qui rend indigne un retour en détention : elles ne sont pas fournies par l'administration pénitentiaire et elles coûtent cher.

Depuis, j'essaie de le faire libérer. Son état est durablement incompatible avec la détention. Après quatre mois d'attente, il est enfin passé devant un juge, en février. Tout était prêt, il était accompagné en fauteuil roulant par un soignant. La réponse nous a consternés : la décision a été ajournée à la fin avril, parce qu'il n'avait pas d'avocat commis d'office ! C'est ce qui m'a mise en colère : il ne peut pas demander un avocat, il ne demande rien, il ne sait même pas qu'il est en prison ! Cette réponse est inacceptable pour un médecin.

Est-il difficile de trouver une place d'hébergement pour des personnes âgées dépendantes ?

Oui, c'est difficile. Un détenu ne passe jamais en priorité, quel que soit son état. Il faut lui trouver une place d'aide sociale, financée par les départements, et tout le monde se renvoie la balle. Motiver nos assistantes sociales, déjà débordées, pour trouver un lieu d'hébergement alors que les places sont rares est quasi impossible, surtout si l'on n'est pas certain de la remise en liberté. Et le juge attend parfois qu'on ait trouvé une place pour ordonner la libération : c'est le serpent qui se mord la queue. Finalement, j'ai obtenu gain de cause, la décision de mise en liberté a été prise fin mars.

Mais ce n'est pas un cas isolé. L'EPSNF dispose de 80 lits ; 8 patients, de 68 ans en moyenne, sont atteints de démence – un jeune, qui avait une maladie très grave, une neurosarcoïdose, a été libéré dernièrement. Tous ont un état incompatible avec la détention. Deux autres patients, de 67 ans et 71 ans, présentent des insuffisances respiratoires extrêmement sévères, ils sont sous oxygène. L'un est là depuis maintenant quatorze mois, l'autre depuis trois mois. Une première expertise a conclu à une incompatibilité de son état avec la détention, mais à une "compatibilité avec la détention à l'hôpital de Fresnes" ! Or, l'EPSNF n'est pas un lieu de détention où les gens vont passer quinze ou vingt ans, mais un lieu de soins.

Avez-vous d'autres cas ?

Un patient faisait des thromboses à répétition. Il allait très mal, nous l'avions informé de l'imminence de son décès et il n'avait demandé qu'une chose : mourir libre. Quand nous avons demandé sa libération immédiate, en novembre 2011, il était dans le coma. Et le procureur, conformément à la loi, a demandé une expertise psychiatrique. Nous lui avons dit : "Mais il est dans le coma, et il va mourir dans douze heures !" Il est mort la nuit suivante. Mais l'histoire qui m'a le plus marquée est survenue juste après mon arrivée. Un patient de 75 ans avait été hospitalisé de très nombreuses fois pour un oedème aigu du poumon. Avant son procès, son état avait été jugé incompatible avec la détention et il avait été admis en maison de retraite.

Mais, une fois condamné, il a été incarcéré malgré l'aggravation de ses symptômes. En fait, il était très malade, et il a fallu le transférer à l'EPSNF après plusieurs hospitalisations. Malgré de multiples certificats pour obtenir sa libération, il est mort au bout de six mois, toujours détenu. Il est mort le jour où il attendait la réponse à sa demande de mise en liberté. Elle était enfin positive, mais il ne l'a jamais su parce que l'administration pénitentiaire n'avait pas prévenu les médecins. Je pense qu'il s'est laissé mourir ce jour-là. Il n'a pas appelé les secours, ce qu'il faisait d'habitude. Il a été retrouvé mort au matin.

Combien de vos malades ne devraient pas être incarcérés ?

Quinze pour cent des patients de l'EPSNF n'ont rien à faire en détention, et ce n'est pas admissible. On estime que, dans la population générale, de 2 % à 8 % des plus de 60 ans sont atteints de démence. Or, 3,5 % des détenus ont plus de 60 ans. Et on retrouve en détention la plupart des facteurs de risques qui favorisent la démence : le diabète, les maladies cardiovasculaires, le tabac, les carences nutritionnelles, l'anxiété, l'inactivité... Il y aurait ainsi en prison 200 détenus atteints de démence, qui devraient être pris en charge dans des structures spécialisées.

La loi Kouchner ne devait-elle pas s'attaquer au problème ?

Effectivement, et elle a surtout bénéficié à Maurice Papon. La loi du 4 mars 2002 permet aux détenus dont le pronostic vital est engagé ou dont l'état de santé est incompatible avec la détention de voir leur peine suspendue, mais elle est insuffisamment appliquée. Des efforts ont été faits pour les handicapés physiques. Mais rien n'a été prévu pour les handicaps mentaux ou cognitifs.

Quel est le coût d'une hospitalisation à Fresnes ?

Chaque patient coûte environ 800 euros par jour – c'est à peu près le tarif de l'hôpital public, mais en général on y reste peu de temps. A Fresnes, on a des patients hospitalisés depuis des années. L'un d'eux a reçu une balle dans la tête, il est dément, il ne peut pas faire plus de trois pas sans aide, mais une expertise psychiatrique n'a pas exclu un risque de récidive. On le garde donc à l'hôpital, il paraît qu'il est dangereux. Encore faudrait-il qu'il ait la capacité physique de récidiver.

Pensez-vous qu'il n'y a plus personne capable de s'indigner ?

Quand je parle de ces cas autour de moi, les gens trouvent ça indigne. Quand je dis qu'il y a des gens de 87 ans en détention, ils n'en reviennent pas. Mais ce n'est pas un sujet porteur. Même chez les médecins.



Franck Johannès






Première naissance suite à une greffe d'utérus

Article publié sur le site lci.tf1.fr le 12 avril 2013 :

Cette femme turque avait été la première au monde à bénéficier d'une greffe d'utérus réussie en 2011. Ses médecins annoncent qu'elle est aujourd'hui enceinte, à 22 ans.

Une femme turque de 22 ans, devenue il y a deux ans la première femme au monde à bénéficier d'une greffe d'utérus, est aujourd'hui enceinte, ont annoncé vendredi ses médecins. C'est une autre première mondiale. Les médecins sont parvenus à implanter avec succès dans l'utérus de Derya Sert plusieurs embryons fécondés in vitro à partir de ses ovules et de spermatozoïdes de son mari.

"La santé de la patiente est bonne", souligne le communiqué du professeur Mustafa Ünal, médecin-chef de l'hôpital universitaire Akdeniz à Antalya (sud). La grossesse de Derya Sert présente de nombreux risques mais, si elle se poursuit normalement, la jeune femme doit accoucher par césarienne deux mois avant son terme normal, ont rapporté les chaînes de télévision turques.

Dans le monde, une femme sur 5.000 naît sans utérus

Née sans utérus, la jeune femme était devenue en août 2011 la première au monde à bénéficier d'une greffe d'utérus réussie, réalisée à partir d'une donneuse décédée. Une première tentative de transplantation, réalisée en 2000 en Arabie saoudite à partir d'une donneuse vivante, s'était soldée par un échec trois mois plus tard.

Le succès de la greffe réalisée en 2011 par une équipe de médecins turcs à Antalya a redonné espoir à des milliers de femmes incapables de porter un enfant. Une femme sur 5.000 dans le monde naît sans utérus, selon les statistiques.

Maladie de Parkinson : diagnostic et symptômes

Article publié le 12 avril 2013 sur le site lci.tf1.fr :

Pour la Journée mondiale de Parkison, une étude qui donne la parole aux malades brise les clichés de cette maladie qui touche 150.000 Français et qui n'est pas facilement diagnostiquée.

"J'ai un corps de 4L avec un moteur de Ferrari. J'accélère, j'accélère, le corps vibre mais je n'avance pas, c'est le plus vexant au quotidien". C'est avec ces mots que Béatrice Caillon parle de sa maladie. Diagnostiquée malade de Parkinson en 2008, elle n'a alors que 40 ans. Une étude sur cette maladie vécue de l'intérieur a décidé de donner la parole aux malades : "Vous n'êtes pas condamné à mourir tout de suite mais à vivre avec un corps qui, petit à petit, ne vous appartient plus". Le but : briser certains clichés.

Premier lieu commun à tomber : ce n'est pas seulement une maladie de personnes âgées. D'après cette étude réalisée à l'occasion de la Journée mondiale Parkinson, 20% des malades ont moins de 50 ans. Chez les 727 malades questionnés, la maladie a été diagnostiquée en moyenne à 58 ans. Cette maladie neurodégénérative sans véritable traitement curatif, qui touche 150.000 Français, n'est pas facilement diagnostiquée, avec en moyenne 3 ans entre les premiers symptômes et l'établissement d'un diagnostic.

Le tremblement, un symptôme moins courant que d'autres

Autre lieu commun démenti : le tremblement n'est pas, et de loin, le symptôme le plus commun. La lenteur du mouvement (éprouvée par 88% de patients), la sensation de raideur (85,4%), les difficultés à écrire (79%) et les douleurs (73,5%) sont des symptômes plus courants que le tremblement (64%). 

En outre, de nombreux symptômes "non moteurs" viennent perturber le quotidien des malades : 83% disent souffrir d'une fatigue anormale, 74% de troubles du sommeil et 69% de crampes. Monique Pizani, 69 ans évoque elle une vie qui rétrécit avec un "corps qui, petit à petit, ne vous appartient pas. Au fur et à mesure, vous vous apercevez qu'il y a des choses que vous ne faites plus : se baisser, ouvrir une bouteille".

Les malades sont progressivement "dépossédés de leur corps", commente France Parkinson et certains "peuvent assister, impuissants à l'apparition de troubles de leurs facultés cognitives". Ainsi, 55% des parkinsoniens déclarent souffrir de pertes de mémoire et environ les deux tiers ont des difficultés de concentration. 

Le besoin d'un "renforcement de la recherche"

Face à cette maladie qui est la deuxième cause de handicap moteur chez l'adulte après l'AVC et le deuxième trouble neurodégénératif après la maladie d'Alzheimer, l'association France Parkinson réclame "un renforcement de la recherche sur les traitements des troubles non moteurs, encore trop peu connus". Le diagnostic n'étant pas toujours réalisé comme il se doit pas un neurologue (34% des cas selon l'étude), l'association demande une confirmation systématique du diagnostic pas un spécialiste et aussi une meilleure formation en général des soignants sur cette maladie aux visages multiples. 

La maladie de Parkinson est une affection neurodégénérative chronique qui évolue lentement et affecte une structure de quelques millimètres située à la base du cerveau. L'évolution de la maladie est propre à chacun et dépend de nombreux facteurs. Certains signes comme la difficulté à parler peuvent apparaître après plusieurs années ou rester peu importants. La cause exacte de la maladie de Parkinson n'est pas connue et serait d'origine multifactorielle combinant des facteurs génétiques et environnementaux.